Les Films de l’Atrébate
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La grande Guerre en Artois
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La Colline La colline de Notre Dame de Lorette se trouve à proximité de la route d'Arras à Béthune. Elle fait partie de la commune d'Ablain St Nazaire.. Haute de 165 m au-dessus de la mer, elle domine une grande partie du bassin houiller du Pas-de-Calais d'un côté. Par beau temps, on peut apercevoir les faubourgs de Lille. A droite de la colline de Vimy, qui fait face à celle de Notre Dame de Lorette, on découvre au loin le Douaisis, puis la ville d'Arras et son beffroi. Un peu plus sur le côté, les ruines de l'Abbaye du Mont St Eloi. De cet observatoire, on peut distinguer vers Arras, le petit village de Carency distant de quelques kilomètres. Au pied de la colline, le village d'Ablain Saint Nazaire où l'on ne voit que les ruines de l'église. C'est un point stratégique connu depuis des siècles. Une légende dit même : " Celui qui s'installera sur la colline aura la bataille gagnée. " La colline est devenue un lieu de pèlerinage depuis qu'un habitant, Florent Guilbert, d'Ablain St Nazaire, guéri au cours d'un voyage au sanctuaire italien de Lorette, y avait fait édifier un oratoire en 1727. Chaque année, une neuvaine y est effectuée par de nombreux pèlerins venus de toute la région. La ferveur des pèlerins ne cessant pas de croître, le petit oratoire est devenu en 1870 une imposante chapelle. Trois août 1914, la guerre est déclarée. Le plan d'attaque allemand semble se dérouler sans accroc. Le 25 août, c'est la retraite en Flandre de l'armée alliée. En moins d'un mois, l'armée allemande est aux portes de Paris. Après la défaite de Dinan et Charleroi, l'Armée Française à battu en retraite plein Sud, jusqu'à la bataille de la Marne, abandonnant la Belgique à l'Armée Belge et le Nord, aux troupes de Divisions territoriales du Général Docade et à 2 corps de cavalerie. Après la Marne, chaque belligérant va s'efforcer de contourner l'adversaire sur son aile encore libre : la course à la mer. Tandis que du côté français on forme la 10e Armée avec des divisions remontées de l'Est dans le triangle St Pol, Amiens, Doullens, la 6e Armée Allemande, fraîchement formée, débarque à Douai et à Cambrai et marche vers l'Ouest. Elle se heurte d'abord, dans des escarmouches, aux corps de cavalerie et rencontre plus de difficultés avec la Division Barbot. Arrivée à Arras le 30 septembre, la Division Barbot, s'est largement déployée pour couvrir l'arrivée du reste de la 10e Armée. Refusant, malgré la pression, d'abandonner Arras et ainsi de raccourcir son front, Barbot remonte peu à peu vers le Nord Ouest ; vers Lorette. Dans la nuit du 4 et 5 octobre, une patrouille du 10e régiment d'infanterie des réserves bavaroises gravit facilement le sommet de la colline de Lorette. Aucune résistance ne les empêche de s'installer près de la Chapelle de Notre Dame de Lorette. Les combats de Lorette peuvent maintenant commencer. Comprenant, un peu tard, que la colline devient un passage obligé pour la reconquête du bassin houiller, l'Etat Major de la 10e Armée, commandé par le Général Foch, donne l'ordre de reprendre coûte que coûte le sommet de la colline. Déjà, dans la nuit du 9 au 10 octobre 1914, une compagnie du 149e BI réussit à reprendre une partie de la crête. Rapidement, des trous individuels sont creusés. Reliés, ils feront une tranchée d'une profondeur de 60 à 80 cm de profondeur. Aucun aménagement des positions françaises n'a été fait. Il faut dire que le haut commandement considère qu'il s'agit maintenant d'une guerre de mobilité et que les troupes ne resteront pas longtemps sur place, alors à quoi bon perdre du temps ! Sur un sol détrempé, nos soldats deviennent rapidement des statues de boue. Les boueux d'Artois sont nés. Côté allemand, les tranchées sont plus profondes et offrent une protection plus efficace. On aperçoit déjà leurs tranchées qui traversent de part en part le haut des pentes remontant de l'invisible village de Souchez. Du 9 octobre au 4 novembre, la colline passe tour à tour des Français aux Allemands. Sous le feu des artilleries, la crête ressemble de plus en plus à un sol lunaire. De la chapelle, il ne reste que les fondations. Le 4 novembre 1914, les allemands s'installeront de nouveau, aux abords de la chapelle. Il faudra des mois pour les en déloger. L'hiver approche, Français et Allemands, s'installent dans le froid et dans la boue. Pauvres soldats français qui, depuis leur départ en août, n'ont pas touché de vêtements de rechange, encore moins des vêtements pour passer l'hiver. L'Etat-Major n'avait pas prévu ce détail… il est vrai que cette guerre ne devait durer que quelques jours, voire quelques semaines. Il faut reprendre Lorette : Le 16 décembre, une offensive est déclenchée pour la reconquête de la colline. Toutes les attaques doivent se produire simultanément et seront appuyées par un puissant tir d'artillerie lourde. Hélas, l'artillerie est loin d'être suffisante, elle ne peut servir qu'un secteur à la fois. De plus, la pluie qui tombe depuis plusieurs jours, transforme les zones d'attaques en véritable bourbier. La progression des troupes est gênée. Le 21e corps ne peut investir que quelques éléments de tranchées ennemies. De plus, l'attaque principale du 33e corps du Général Pétain est reportée faute d'appuis. Le 18 décembre, le Général Pétain lance enfin ses troupes appuyées cette fois par l'artillerie. Ce qui laisse le 21e corps sans appui. Devant les contre-attaques allemandes lancées sur le plateau, le 21e corps doit céder du terrain. La situation du 33e corps n'est pas plus enviable. C'est un véritable cauchemar. Pétain doit concentrer ses efforts uniquement sur le village de Carency. Le 19 au soir, le Général Foch ne peut que constater l'échec complet de l'offensive. Le mauvais temps et le secteur argileux du terrain viennent de rendre impossible l'avancée des troupes. Les hommes transformés en statue de boue pataugent dans des tranchées inondées. De plus, les attaques livrées ont été insuffisamment soutenues par le tir de l'artillerie lourde, dont les chefs semblent craindre le manque de munitions. En clair, au moment où il fallait soutenir le plus l'infanterie, on faisait des économies d'obus… Le résultat de cette offensive sera plus que décevant : quelques éléments de tranchées sur Carency et le plateau de Lorette. Joffre n'avait-il pas dit à propos de cette guerre moderne " je les grignote, je les grignote… " En quatre jours, 3087 soldats seront tués et 4654 autres seront blessés. Noël dans les tranchées. Le 25 décembre 1914, Allemands et Français, sortent des tranchées ; d'abord quelques-uns, puis d'autres. Ce sont souvent les Allemands qui font les premiers pas. " Comme personne ne tire, on se rejoint entre deux tranchées et on échange de l'eau de vie ou des cigarettes. On fait voir les photos de nos épouses et de nos enfants, sous un air d'harmonica et des chants de Noël… " L'artillerie met fin à la rencontre. Chacun regagne son trou. On s'amuse comme on peut… Au début janvier, le 21e corps reprend quelques positions allemandes sur le plateau et réussit à se rendre maître de l'éperon Mathis. Les pertes sont toujours aussi nombreuses et les conditions de vie épouvantables dans les tranchées. Un soldat dira plus tard : -" Nous avons passé un jour en première ligne sous la neige : une journée à classer dans les terribles, où l'on souffre terriblement du froid et de l'humidité. Les boches qui étaient à 25 m de nous, nous ont laissé la paix ; nous aussi. Seule la neige nous a embêtés. Pour se réchauffer, on se tirait des boules de neige avec les boches par-dessus les tranchées : ce qui n'empêchait nullement de se tirer quelques pruneaux de temps en temps pour déboucher le fusil… " Un enjeu stratégique de plus en plus cher en perte humaine. Le 3 mars, les troupes allemandes lancent une attaque de grande envergure sur le plateau de Lorette. Avançant sur 20 lignes serrées, officiers en tête, c'est un corps à corps sanglant. Après deux heures de combat, les Allemands gagnent 600 m de terrain et redeviennent maîtres de l'éperon Mathis. A 16 heures, une contre-attaque française a lieu pour reconquérir le terrain perdu. -" Les attaques et contre-attaques se succèdent. Quel fouillis de corps disloqués, de bras et de jambes arrachés…On ne fait pas quartier, c'est un véritable carnage de part et d'autre. " En six jours, 3300 hommes seront fauchés du côté français. Les pertes subies par les Allemands seront identiques. Le 18 mars, c'est au tour du Général de Maud'huy de lancer une contre-attaque. Après 60 heures de combats, le 158e prend une partie du Grand éperon. C'est aussi un carnage, certains s'en reviennent avec un pic-pioche trempé de sang : dans un tel assaut, tout fait arme… Le Généralissime Joffre viendra apporter ses félicitations aux troupes pour les quelques centaines de mètres gagnées sur l'ennemi. Les Offensives d'Artois Le 9 mai 1915 à 10 heures, un assaut est donné sur un front de 17 km, de Vermelles au nord d'Arras. Pour la 1ère fois, la 1ère Armée Britannique se lance dans la bataille conjointement avec la Xe Armée de Foch. Elle maintient la pression sur le secteur de Vermelles et de Loos-en-Gohelle pour éviter que des renforts allemands ne puissent se porter sur le secteur de Lorette. Le 21e corps doit prendre le secteur de la fosse de Calonne à Liévin et le secteur de la chapelle sur le plateau de Lorette. Le 33e est chargé de s'enfoncer dans les défenses allemandes, d'investir les villages de Carency, Ablain, Souchez et de se porter sur la colline 119 contiguë à la côte 140 dite la crête de Vimy. Le 20e corps se voit chargé de se porter sur la crête de Vimy en passant par le secteur du labyrinthe, la Targette et le village de Neuville St Vaast. Au cours de l'attaque, la division marocaine dépasse la côte 119, traverse le bois de la Folie et poursuit sur la crête de Vimy. Pour suivre leur progression et régler le tir de l'artillerie, l'État-major a fait coudre des carrés de drap blanc sur le dos des soldats, ce qui faisait de belles cibles pour les allemands qu'ils venaient de dépasser. Dès 11h30, le Commandant Général de l'Artillerie du 33éme Corps envoie l'ordre formel de ne pas dépasser 300 tirs par pièce de 75. Dans ces conditions, il ne reste que 60 à 70 obus par pièce, dont 50 sont réservés en cas de contre-attaque ennemie. A 18 heures, par manque de réserve en munitions, le Commandement Français donne l'ordre à la 77e Division et à la Division marocaine de se replier. Pour l'Etat-Major, situé à plus de 20 km du champ de bataille, il était impossible que ces deux Divisions puissent prendre d'assaut la côte 119 et 140 en si peu de temps : le ravitaillement en munitions pour l'artillerie ne suivra pas et les deux Divisions seront privées de renfort… La côte 119 et la crête de Vimy sont, de nouveau, aux mains des allemands. Il faudra attendre avril 1917 pour que les canadiens, avec des moyens considérables, enlèvent ces deux bastions allemands. En se repliant, la 77e Division, dite la Division Barbot, tente de s'accrocher sur le secteur du Cabaret Rouge. Elle est à la fois cernée par le tir de barrage des 75 Français et la contre-attaque allemande. Ne pouvant s'abriter, les soldats de la Division Barbot restent couchés sur l'herbe derrière des mottes de terre. Sans eau et sous une chaleur accablante, ils devront boire leur urine pour calmer leur soif. Au-dessus de leur tête, les éclats d'obus et les balles se croisent en faisant, à chaque instant, de plus en plus de blessés et de tués. Le général Barbot, commandant de la 77e Division, n'ayant plus de contact avec ses troupes, part les rejoindre. Deux minutes plus tard, un éclat lui ouvre le ventre. Il décédera le lendemain de ses blessures. Tandis que le 20e Corps doit investir le lieu-dit " La Targette ", le petit village de Neuville St Vaast , et se porter sur la crête de Vimy, il trouve devant lui des défenses allemandes bien organisées. Les caves des maisons sont reliées entre elles et renforcées. Par manque de préparation d'artillerie, le réseau de défense est intact. C'est, pour les hommes du 20e Corps, une véritable boucherie. Après un nouvel assaut vers 16 heures, c'est encore l'échec. Les troupes d'assaut sont fauchées par le feu nourri des mitrailleuses allemandes. Sur le Plateau de Lorette, les combats redoublent. Il faut, coûte que coûte, chasser l'Allemand des lieux. Dans un combat indescriptible la chapelle est enfin aux mains des Français… enfin ce qu'il en restait. Ce même jour, la 70e Division s'empare de Carency et du bois 125. Le 23 mai, les dernières organisations allemandes sur la crête cèdent. L'artillerie française peut maintenant s'installer sur le plateau. Le 25 mai, le 158e RI enlève une importante position : la tranchée des Saules. Le 28 mai, le village d'Abain St Nazaire est tombé. Le 16 juin, le Général d'Hurbal fait engager de nouveau ses troupes sur le même front. Une fois encore la Division Marocaine réussit à reprendre la côte 119 : une fois encore, le manque d'appui de l'artillerie se fait sentir. La Division Marocaine doit, une fois encore, décrocher. Il n'empêche, qu'enfin, le Labyrinthe est tombé après de terribles combats. On relève entre les tranchées 20 cadavres français pour 1 cadavre allemand. Le 19 juin Foch décide de suspendre l'offensive. L'été 1915 permettra aux soldats de souffler un peu. Hormis quelques escarmouches localisées, le front reste tranquille. On verra apparaître vers la fin août, une nouvelle protection pour la tête des soldats français : le casque Adrian qui remplacera le képi. En même temps, les soldats toucheront un uniforme de couleur bleu horizon, moins voyant que la tunique bleue et le pantalon rouge qu'ils avaient au début du conflit. Ultime offensive. A la fin du mois de septembre, une autre offensive est lancée. De nouveau les français se lancent à l'attaque de la crête de Vimy et de la côte 119 au-dessus du village de Givenchy. Après 3 jours de combats épouvantables, le village de Souchez tombe. Ce n'est plus un village, mais un champ de ruines. Les murs restants, ont une hauteur moyenne de 1 mètre. Plus au sud les français, prennent la ferme de la folie mais ils n'iront pas plus loin, les allemands mieux préparés qu'en mai, arrêteront leur avance. Dans le secteur Anglais, la 1ère armée de Haig, attaque les positions allemandes, avec, pour la première fois, l'emploi des gaz de combat. Plus de 5 000 cylindres à gaz seront envoyés. Le résultat ne sera pas très convaincant et c'est après des assauts, sans merci, effectués par l'infanterie de la 47e Division, que les premières lignes allemandes sont enlèvées. N'ayant plus de réserve, Foch fera suspendre l'offensive. Une fois encore, les résultats sont maigres. Les pertes sont effarantes : 37 000 hommes sont fauchés. Le 11 novembre, l'offensive reprend, avec encore moins de réussite. Les pertes s'élèvent à 12 000 hommes. L'offensive est définitivement suspendue le 18 novembre 1915. Le front redevient calme. Les soldats de part et d'autre n'ont qu'une préoccupation : consolider leurs tranchées. En effet, depuis des semaines la pluie n'a pas cessé rendant le terrain encore plus impraticable. " Le ruissellement de l'eau emporte les côtés des tranchées en découvrant les cadavres en décomposition enterrés à la hâte. Dans certains secteurs des étangs se sont formés. Il faut pour ne pas être noyé, sortir de sa position. Heureusement, les voisins d'en face sont dans la même situation. Il n'est pas rare que Français et Allemands se baladent sur les parapets, sans que personne ne songe à tirer. Ils s'échangent des cigarettes et de l'alcool. Mais bientôt les officiers des deux bords ordonnent à l'artillerie de mettre fin à ces agissements indignes de soldats. Des deux camps s'élèvent alors des grognements suivis du chant de l'Internationale. " La bataille de Lorette fera au total 182 500 morts du côté français et autant du côté allemand pour une avancée moyenne de 3 km des troupes françaises sur les lignes allemandes. Plus tard, le Général Maistre dira à propos de la colline de Lorette : " C'est un lieu qu'on ne peut parcourir qu'à genoux… " Aujourd'hui, sur la colline, s'élève un cimetière Militaire National sur 13 hectares. il comprend 20 000 tombes individuelles. Dans 8 ossuaires sont rassemblés plus de 22 000 inconnus. Les tombes se présentent suivants l'ordre de réinhumations, sans distinction de grades, ni de formation militaire. Le général Barbot est inhumé à son rang, aussi modestement que le simple soldat qui repose à sa gauche. La chapelle ne sera pas reconstruite, mais nous pouvons encore voir quelques briques des ses fondations à l'entrée du cimetière. Jean-Paul Victor
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